Métiers de l’eau : panorama du recrutement, tensions et enjeux d’attractivité en 2025

Métiers de l’eau : panorama du recrutement, tensions et enjeux d’attractivité en 2025

La transition écologique place aujourd’hui l’eau au cœur des priorités publiques et industrielles. Pourtant, derrière cette ambition environnementale forte, les métiers de l’eau peinent encore à séduire les jeunes talents. Basé sur l’analyse de 17 000 offres publiées entre 2023 et 2025, le premier panorama du recrutement du secteur révèle une réalité contrastée : une filière qui recrute massivement, mais confrontée à des tensions durables et à un enjeu majeur d’attractivité.

Un secteur qui recrute… malgré un recul des offres

Après un pic en 2023 avec près de 7 000 offres d’emploi diffusées, le volume d’annonces a diminué progressivement pour atteindre environ 4 000 offres en 2025. Cette baisse ne traduit pas un désengagement du secteur, mais plutôt un contexte économique plus incertain : tensions budgétaires des collectivités, instabilité géopolitique et ralentissement des investissements.

En réalité, le marché de l’emploi dans l’eau reste dynamique. Les délais de recrutement s’allongent, les postes sont plus difficiles à pourvoir et certaines offres sont publiées à plusieurs reprises. Autrement dit, le secteur ne ralentit pas : il se tend.

Des besoins concentrés sur certains territoires

La géographie des recrutements est très marquée. Les régions Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur concentrent une part importante des offres.

Cette concentration s’explique par :

  • la densité de population et d’infrastructures ;
  • l’importance des réseaux d’eau potable et d’assainissement ;
  • la présence d’acteurs publics et privés structurés.

Ces territoires connaissent des tensions de recrutement récurrentes, notamment sur les postes techniques.

Exploitation et maintenance : des métiers clés sous pression

Près de la moitié des recrutements concernent des métiers d’exploitation et de maintenance. Opérateurs de stations d’épuration, agents d’exploitation réseaux, techniciens ou électromécaniciens constituent le socle indispensable à la continuité du service public de l’eau.

Ces métiers techniques sont essentiels au quotidien : contrôle de la qualité de l’eau, entretien des équipements, gestion des incidents, interventions d’urgence. Pourtant, ils figurent parmi les plus difficiles à pourvoir, avec des recrutements répétés sur les mêmes zones géographiques.

Un marché dominé par le privé

Les entreprises privées concentrent la majorité des offres d’emploi. Leur activité concurrentielle et le turnover plus important expliquent ce volume élevé d’annonces. Les collectivités territoriales recrutent également, mais publient plus ponctuellement, notamment pour les postes les plus techniques.

Autre évolution notable : une plus grande souplesse sur l’expérience requise. De nombreuses offres sont accessibles avec un an d’expérience, voire ouvertes aux débutants. Cette tendance répond à la difficulté à trouver des profils qualifiés, mais soulève aussi la question de la transmission des compétences dans un contexte de départs à la retraite.

Digitalisation : un levier encore peu visible

Alors que la modernisation des infrastructures progresse, les compétences liées à la digitalisation (supervision, systèmes SCADA, IoT, exploitation des données) restent peu mentionnées dans les offres d’emploi. Ce décalage peut nuire à l’attractivité du secteur auprès des jeunes diplômés, sensibles aux enjeux technologiques et à l’innovation.

Mettre en avant ces évolutions constitue un levier stratégique pour attirer une nouvelle génération de professionnels.

Salaires et attractivité : un enjeu central

Les rémunérations proposées dans les métiers techniques de l’eau se situent généralement dans des fourchettes comparables à celles d’autres secteurs industriels. Elles valorisent encore insuffisamment les contraintes spécifiques : astreintes, continuité du service, pénibilité.

Si le sens et l’utilité sociale du métier constituent un facteur d’engagement fort, ils ne suffisent plus à compenser un déficit d’attractivité salariale. L’évolution des parcours professionnels, la reconnaissance des compétences et l’amélioration des conditions de travail deviennent des priorités pour fidéliser les talents.

Quelles formations pour intégrer les métiers de l’eau ?

Du CAP au diplôme d’ingénieur, les formations sont variées :

  • CAP ou Bac professionnel en travaux publics ou maintenance ;
  • BTS Métiers de l’eau ;
  • BUT Génie biologique parcours sciences de l’eau ;
  • Écoles d’ingénieurs spécialisées en environnement ou hydraulique.

L’alternance représente une voie d’accès privilégiée, favorisant l’insertion professionnelle rapide.

Un secteur à un moment charnière

Les métiers de l’eau occupent une place stratégique dans la transition écologique. Assurer l’accès à une eau potable de qualité, préserver la ressource et moderniser les infrastructures sont des missions essentielles pour les décennies à venir.

Le défi est désormais clair : attirer, former et fidéliser les compétences nécessaires pour garantir la performance et la résilience des services d’eau. Pour les jeunes en quête d’orientation, le secteur offre des perspectives concrètes, porteuses de sens et d’utilité sociale — à condition que l’attractivité suive les ambitions.

12/02/2026

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